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 Légendes Celtes de la Mort

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MessageSujet: Légendes Celtes de la Mort   Dim 20 Nov - 15:00:19

Je ne savais pas trop où poster ceci. Il traite de toutes les légendes celtes concernant la mort. si il n'est pas sa bonne place je m'en excuse! Embarassed
il n'est pas encore terminer Wink



Ayant un livre qui me passionne sur "La légende de la Mort" par Anatole Le Braz,légendes céltiques, j'ai decidé de vous en faire partager ses histoires, si ca vous interesse bien sur. Wink
Ce livre comprend divers chapitres tous tres interessants!

Chapitre 1

Les Intersignes:

Les intersignes annoncent la mort. Mais la personne à qui se manifèste l'intersigne est rarement celle que la mort menace.
Si l'intersigne est aperçu le matin, c'est que l'événement annoncé doit se produire à bref délai. Si c'est le soir, l'échéance est plus lointaine.
Personne ne meurt, sans que quelqu'un de ses proches, de ses amis ou de ses voisins n'en ait été prévenu par un intersigne.
Les intersignes sont comme de l'ombre, projetée en avant, de ce qui doit arriver.

La main sur la porte

C'était à Pont-Labbé, il ya bien 70ans. Ma grand'-mère était très malade, presque à l'article de la mort. Ma mère la veillait, en compagnie de ses trois soeurs.
Vers le milieu de la nuit, ma mère dit à ses trois soeurs qui étaient encore un peu jeunes et que la fatigue accablait:
-Allez vous reposer, enfants. La moitié de la nuit est déjà passée. Je veillerai bien, seule, maintenant, jusqu'au matin.
Et les trois fillettes de gagner leur chambre commune.
Au moment où celle qui était entrée la dernière fermait la porte, elle fit un grand cri:
-Voyez donc!
Sur le bois de la porte une main s'étalait, les cinq doigts ouverts, une main maigre, osseuse et ridée, avec de grosse veines saillantes. Et cette main était toute pareille à celle de la moribonde.
Le jeunes filles furent prises de tristesse; elles s'agenouillèrent au pied de leur lit pour faire leur prière, comme elles avaient coutume.
Mais elles eurent beau enfoncer leur têtes dans les matelas des lits et appliquer toute leur pensée à l'oraison qu'elles récitaient, elles songeaient toujours, malgré elles, à la main, et ne pouvaient s'empêcher de glisser un regard de côté pour voir si elle apparaissait encore.
La main restait collée à la meme place.
Soudain, ma mère monta:
-Venez, dit-elle, je crois que c'est la fin.
Elles redescendirent toutes les quatres et arrivèrent juste à temps pour recevoir le dernier soupir de la vieille.




L'intersigne du berceau

Marie Gouriou demeurait au village de Min-Guenn (la Pierre-Blanche), près de Paimpol. Son homme était à Island, où il faisait la pêche.
Ce soir la, Marie Gouriou s'était couchée, après avoir placé sur le banc adossé au lit, tout contre son lit, le berceau où dormait son petit enfant.
Elle était assoupie depuis quelque temps, lorsque dans son sommeil elle crut entendre l'enfant pleurer.
Elle ouvrit les yeux, regarda.
Jesus-ma-Doué: (Jesus mon Dieu), la chambre était pleine de lumière et un homme, penché sur le berceau, berçait doucement le petit enfant en lui chantant à mi-voix un refraint matelot. L'homme avait rabattu sur son visage le capuchon de son ciré, en sorte qu'on ne pouvait distinguer ses traits.
- Qui êtes-vous? s'écria Marie Gouriou, épouvantée.
L'homme leva la tête. La femme Gouriou reconnu son mari.
-Comment! tu es déjà de retour...?..
Il n'y avait guère plus d'un mois qu'il était parti.
Elle remarqua que ses habits ruisselaient, et cela sentait très fort l'eau de mer.
-Prends donc garde, dit-elle, tu vas mouiller l'enfant...Attends, je vais allumer le feu.
Elle avait déjà les deux jambes hors du lit et s'appretait à passer son jupon. Mais la lumière etrange qui emplissait la maison s'évanouit aussitôt. Marie chercha à tâtons les allumettes, en frotta une, et constata que son mari n'était plus là.
Elle ne devait plus revoir. Le premier chasseur qui revint d'Island lui apprit que le navire où s'était embarqué son homme s'était perdu corps et biens, la nuit même où Gouriou lui était apparu, penché sur le berceau de son fils.




L'intersigne de la "tête coupée"

Une nuit que Barba Louarn, de Paimpol, était restée à filer jusqu'à une heure très tardive, elle s'endormit de fatigue sur sa tâche. Elle avit bien près de 70ans, la pauvre vieille! Sa quenouille lui ayant échappé des mains et ayant fait du bruit en tombant du rouet, Barba se réveilla en sursaut. Elle ne fut pas peu surprise de voir toute la pièce éclairée d'une lumière blanche. Dans le milieu de la chambre, il y avait une table ronde où Barba avait coutume de déposer à mesure les écheveaux de lin qu'elle avait filés. Or, sur le tas d'écheveaux, elle vit une tête fraîchement coupée et d'où le sang dégouttait.
Dans cette tête, elle reconnut celle de son fils, marin à bord d'un bâtiment de l'Etat.
Les yeux étaient grands ouverts et la regardaient avec une inexprimable angoisse.
- Mabic! Mabic! ( Petiot, Petiot!), s'écria-t-elle, en joignant les mains, que t'est-il arrivé, mon Dieu? Sitôt que la vieille eut parlé ainsi, la tête roula sur la table et en fit le tour, par neuf fois.
Puis elle reparut en haut du tas d'écheveaux.
Adieu, ma mère! dit une voix.
Barba Louarn se retrouva plongée dans l'obscurité. Des voisines la ramassèrent, le lendemain, évanouie, sur le plancher de la chambre.
On apprit, à quelque temps de là, que cette même nuit, son fils Yvon Louarn, second maître à bord du Redoutable, avait et la t^te détachée du tronc, dans une fausse maneuvre; et, comme c'était par gros temps, la tête avait roulé de-ci de-là sur le pont, avant qu'on eût pu la saisir au passage.


Dernière édition par le Dim 20 Nov - 15:07:29, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Légendes Celtes de la Mort   Dim 20 Nov - 15:01:02

Chapitre 2

Avant la mort:


Un moyen de connaître approximativement dans quel délai on doit mourir consiste à poser sur l'eau de certaines sourcs sacrées une croix faites de deux ramilles de saule. Si la croix flotte, la mort ne tardera guère; si, au contraire, la croix s'enfonce, le "terme" est encore assez éloigné: il le sera d'autant plus qu'elle aura coulé vite.


-Une femme enceinte ne doit pas accepter d'être marraine. Elle ou son fruit mourrait dans l'année.
-Quand un conscrit par pour l'année, s'il retourne la tête pour saluer une dernière fois la flèche de son clocher ou la cheminée de sa maison, c'est signe qu'il ne les reverra pas vivant.
-Les gens qui découvrent des trésors n'en jouissent pas longtemps. Leur sort est de mourir un an jour pour jour après leur découverte.


Le trésor du mort

Une fermière de Plounéour-Lanvern, Marie-Jeanne Thos, chaque fois qu'elle allait dans sont courtil, voyait auprès de la barrière donnant sur la route, un homme des environs, mort depuis près de cinq ans. Il lui faisait des signes avec la main, comme pour l'inviter à le suivre quelque part. Un beau jour, impatientée de son manège, elle s'enhardit à marcher jusaqu'à lui et à lui demander:
-Qu'est-ce que c'est? Que voulez-vous de moi?
Il lui fit signe de passer la barrière et de venir.
-Ma foi, se dit-elle, j'en aurait le coeur net.
Et la voilà de cheminer sur les pas du mort. Il la mena ainsi jusqu'au sommet d'une lande déserte, oì il y avait une grande roche. L'homme, s'agenouillant à terre, se mit à gratter le sol avec ses doigts. Quand il eut fini, il se tourna vers la femme et lui montra le trou qu'il venait de creuser. Elle se pencha et vit un monveau de pièce d'or qui rillaient d'un éclat neuf. Jamais elle n'avait contemplé pareille somme. Tandis qu'elle regardait cet or avec une admiration mêlée d'envie, le mort disparut.
-S'il m'a révélé sa cachette, c'est sans doute pour que je profite de se qu'elle contient, pensa Marie-Jeanne Thos.
Et, ramassant à poignées les pièces étalées devant elle, elle en remplit son tablier. Rentrée chez elle, elle les empila dans son armoire. Et, le soir, elle dit à son mari:
-Tu désirais un nouveau cheval: tu peux en acheter, non pas un, mais quatre, mais dix et davantage, car nous sommes riches.
-Comment cela? s'informa-t-il, tout joyeux.
Elle lui raconta son aventure. Mais le front du fermier aussitôt se rembrunit.
-Si tu tiens à ta vie, va vite reporter cet argent où tu l'as pris.
-Pourquoi?
-Parce que, si tu ne t'en débarasse pas, tu es vouée à mourir dans l'année.
Dès le lendemain matin, elle courut à la lande haute remettre les pièce d'or à leur place. Mais, peu de jours après, ayant eu besoin de prendre du linge dans son armoire, elle entendit un bruit d'argent: elle regarda et vi, avec stupeur, que c'était le trésor du mort qui était revenu.
-C'est bien ce que je craignais, lui dit son mari. Va trouver le recteur: peut-être te donnera-t-il un bon conseil.
Mais le recteur l'arrêta, dès les premiers mots de son histoire.
-Je ne puis rien pour vous, déclara-t-il. Vous avez délivré ce mort, et maintenant il faut quà bref délai vous preniez sa place. Préparez-vous donc à mourir chrétiennement et commandez qu'on mette l'argent du trésors avec vous, dans votre cercueil. Ainsi seulement vous serz sauvée.
Elle ne tarda pas à trépasser, en effet, sans avoir été malade. Et l'on enterra avec elle le trésor du mort pour qu'il ne causât plus la perte de personne.
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MessageSujet: Re: Légendes Celtes de la Mort   Dim 20 Nov - 15:02:06

Chapitre 3

L'Ankou



L'Ankou est l'ouvrier de la mort (oberour ar maro).

Le dernier mort de l'année, dans chaque paroisse, devient l'Ankou de cette paroisse pour l'année suivante.
On dépeint l'Ankou, tantôt comme un homme très grand et très maigre, les cheveux longs et blancs, la figure ombragée d'un large feutre (non Raistlin on parle pas de toi Wink ); tantôt sous la forme d'un squelette drapé d'un linceul, et dont la tête vire sans cesse au haut de la colonne vertébrale, ainsi qu'une girouette autour de sa tige de fer, afin qu'il puisse embrasser d'un seul coup d'oeil toute la région qu'il a mission de parcourir.
Dans l'un et l'autre cas, il tient à la main une faux. Celle-ci diffère des faux ordinaires en ce qu'elle a le tranchant tourné en dehors. Aussi l'Ankou ne la ramène-t-il pas à lui, quand il fauche; contrairement à ce que font les faucheurs de foin et les moissonneurs de blé, il la lance en avant.
Le char de l'Ankou est fait à peu près comme les charrettes dans lesquelles on transportait autrefois les morts.
Il est traîné d'ordinaire par deux chevaux attelés en flèche.
L'Ankou se tient debout dans la charette.



Le char de la mort

C'était un soir, en juin, dans le temps qu'on laisse les chevaux dehors toute la nuit.
Un jeune homme de Tézélan était allé conduire les siens aux prés. Comme il s'en revenait en sifflant, dans la claire nuit, car il y avait grande lune, il entendit venir à l'encontre de lui, par le chemin, une charette dont l'essieu mal graissé faisait: Wik; wik !
Il ne douta pas que ce fût la brouette de la Mort.
-A la bonne heure, se dit-il, je vais donc voir enfin de mes propres yeux cette charette dont on parle tant!
Et il escalada le fossé où il se cacha dans une touffe de noisetiers. De là, il pouvait voir sans être vu.
La charette approchait.
Elle était traînée par trois chevaux blancs attelés en flèche. Deux hommes l'accompagnaient, tous deux vêtus de noir et coiffés de feutres aux larges bords. L'un d'eux conduisait par la bride le cheval de tête, l'autre se tenait debout à l'avant du char.
Comme le char arrivait en face de la touffe de noisetiers où se dissimulait le jeune homme, l'essieu eut un craquement sec.
-Arrête! dit l'homme de la voiture à celui qui menait les chevaux.
Celui-ci cria: Ho! et tout l'équipage fit halte.
-La cheville de l'essieu vient de casser, reprit l'Ankou. Va couper de quoi en faire une neuve à la touffe de noisetiers que voici.
-Je suis perdu! pensa le jeune homme qui déplorait bien fort en ce moment sin indiscrète curiosité.
Il n'en fut cependant pas puni sur-le-champ. Le charretier coupa une branche, la tailla, l'introduisit dans l'essieu, et, cela fait, les chevaux se remirent en marche.
Le jeune homme put rentrer chez lui sain et sauf, mais, vers le matin, une fièvre inconnue le prit et, le jour suivant, on l'enterrait.



L'Ankou a deux pourvoyeuses principales qui sont:

-La Peste
-La Disette

Autrefois, il en avait une troisième: la Gabelle. Mais celle-ci, la duchesse Anne en a purgé le monde.



Celui qui porta la peste sur ses épaules

Un vieux, de Plestin, la rencontra un soir sur les bords du Douron. Elle était assise sur la berge, regardant l'eau couler. Elle venait de Lanmeur qu'elle avait dépeuplé et se rendait dans le pays de Lannion.
-Hé, vieux! cria-t-elle, auriez-vous l'obligeance de me prendre sur vos épaules pour me faire passer l'eau? Je vous en récompenserai bien.
Le vieux qui ne la connaissait pas y consentit.
L'ayant chargée sur ses épaules, il entra dans l'eau de la rivière. Mais à mesure qu'il avançait, il la sentait peser sur lui d'un poids plus lourd.
A la fin, épuisé, et le courant étant très fort, il dit:
-Ma foi, bonne dame, je vais vous planter là. Je ne tiens pas à me noyer pour vous.
-De grâce, ne fais pas cela. Ramène-moi plutôt à l'endroit où tu m'as prise.
-Soit.
Et il rebroussa chemin, sans trop de peine, son fardeau s'allégeant à mesure qu'il se rapprochait du rivage.
Le pays de Lannion fut ainsi préservé de la peste.
Mais si le vieux avait laissé tomber la vilaine fée au beau milieu de la rivière, comme il en avait eu d'abord l'intention, le monde eût été débarrassé d'elle à jamais.
A Plogoff, dans le Cap-Sizun, on raconte comme voici l'apparition de la peste.
Un navire passait au large, couvert de grandes voiles sombres. Quand il fut en face de la vallée de Parkou-Bruk, on en vit s'élever une longue fumée blanche, semblable au fantôme d'une femme. Elle vint vers la côte, en traversant l'air, sans toucher l'eau. C'était la Peste. En un seul jour elle eut dévasté tout le pays à trois lieues à la ronde.




Sur le passage de l'Ankou

Un dimanche soir que je m'étais attardé au bourg, je trouvai, en rentrant au logis, ma femme et ma servante à demi mortes de peur. Elles avaient des figures si boulversées que je fus effrayé moi-même. Evidemment il avait dû, en mon absence, survenir quelque malheur. J'élevais à cette époque un magnifique poulain. Ma première pensée fut qu'il s'était cassé la jambe.
Voyant que les femmes restaient là, sans mot dire, comme hébétées, je m'écriai:
-Mais enfin, parlez donc! Qu'est-ce qui est arrivé?
Ma femme finit par ouvrir la bouche:
-N'as-tu rien rencontré sur ta route? fit-elle d'une voix haletante.
-Non, rien! pourquoi?...
-Tu n'as pas vu déboucher une charette par le chemin de la mort?
-En vérité, non.
-Nous non plus, nous ne l'avons pas vue, mais, en revanche, je te promets que nous l'avons entendue! C'était là-bas, dans la montée. Jésus Dieu, quel bruit! Les chevaux soufflaient avec une telle force qu'on eût dit le fracas d'un vent d'orage... Le grincement de l'essieu vous déchirait l'oreille... A un moment l'attelage s'est mis à piétiner sur place, comme impuissant à gravir la côte... Ah! il en donnait des coups de sabots dans le sol! Cela sonnait comme des marteaux sur l'enclume... Le bruit a duré cinq à six minutes, puis, subitement, tout s'est tu... Marie la servante et moi, nous nous regardions avec stupeur pendant tout ce vacarme. Nous n'osions bouger, ni l'une ni l'autre. Je ne sais pas comment nous ne sommes pas devenues folles...
-Folles assez, vraiment! Est-ce qu'on se met dans ces étas, pour une charette qui passe?
-Oh! ce n'était pas une charette comme les autres!... D'abord il n'y a que les charettes d'enterrement qui se risquent dans ce chemin, et il n'y a personne de mort dans le quartier.
-Alors?
-Hausse les épaules, tant que tu voudras. Je te dis, moi, que le char de l'Ankou est en tournée dans nos parages. Nous ne tarderons pas à savoir quelle est la personne qu'il vient chercher.
Je laissai dire ma femme et sortis là-dessus pour aller donner un coup d'oeil aux étables.
Comme je revenais, je trouvai dans la cuisine un de nos proches voisins. Il avait la mine affligée; j'allais lui en demander la raison, quand ma femme me dit:
-J'espère que vous ne nous moquerez plus de moi, René. Voilà Jean-Marie qui vient nous annoncer que sa fille aînée a trépassé subitement et me prier d'aller faire la veillée auprès du cadavre.
Naturellement, je ne trouvais rien à répondre.



Les maisons neuves et la mort:

-Il ne faut jamais entrer pour la première fois dans une maison que l'on vient de faire construire sans s'y être fait précéder par un animal domestique quelconque, chien, poule ou chat.

-Quand une maison neuve est en construction, l'on n'a pas plutôt mis en place la marche du seuil que l'Ankou s'y vient asseoir, pour guetter la première personne de la famille qui la franchira. Il n'y qu'un moyen de l'éloigner: c'est de lui donner en tribut la vie de quelque animal: un oeuf suffit, pourvu qu'il ait été couvé. Dans le pays de Quimperlé, on immole un coq et on arrose les fondations avec son sang.


L'Ankou dans la maison neuve

Fulupic an Toër, un couvreur en chaume, de Plouzélambre, achevait un soir de couvrir une maison neuve qu'un petit fermier de la commune avait fait bâtir dans le dessein de venir l'habiter à la Saint-Michel suivante.
Son travail fini, Fulupic descendit de soin échelle et l'enleva pour la serrer à l'intérieur de la maison, avec ses autres outils, ainsi qu'il en avait coutume chaque soir au moment de regagner son logis. Mais, quand il ouvrit la porte à cet effet, il fut tout étonné d'apercevoir une ombre debout dans le couloir qui séparait la cuisine de la pièce de décharge.
-Qui est là?, demanda-t-il, non sans un petit froid dans le dos, car il était certain que, de toute la journée, pas un être vivant ne s'était montré dans les alentours.
L'ombre ne bougea nis ne répondit. Alors il répéta sa question.
-Qui est là?
Même silence de la part de l'inconnu.
-Sacré Dié, se dit Fulupic, voici un personnage qui ne semble pas désireux de lier conversation. Il ne doit cependant pas s'être introduit ici pour voler, car, puisqu'il n'y encore que le toit et les murs, je ne vois pas ce qu'il pourrait emporter. Je vais l'interpeller une triosième fois; s'il persiste à faire le muet, tant pis, je lui enfonce mon échelle dans le ventre: ça lui ouvrira peut-etre la bouche, du même coup.
Et Fulupic de recommencer pour la troisième fois:
-Qui est là?
Et cette fois fut, en effet, la bonne, car l'homme mystérieux releva la tête qu'il avait jusqu'alors tenue obstinément baissée sur la poitrine, et, d'une vois caverneuse, il prononça:
-Da vestr ha mestr an holl, pa teuz c'hoant da glewed (Ton maître et le maître de tous, puisque tu désires le savoir).
La curiosité de Fulupic était plus que satisfaite. Dans le visage de l'homme, la place des yeux et celle du nez étaient vides, et la mâchoire inférieure pendait. Le cuvreur ne se soucia pas d'avoir d'autres explications.
Il planta là son échelle et se sauva de toute la vitesse de ses jambes: il avait reconnu l'Ankou.
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MessageSujet: Re: Légendes Celtes de la Mort   Dim 20 Nov - 15:02:36

Chapitre 4

Le départ de l'âme

Dès la mort, l'âme comparaît au tribunal de Dieu, pour y subir le jugement particulier. Mais, sitôt le jugement rendu, elle retourne sur le corps (non dedans) et elle rest là pendant toute la durée de l'enterrement, jusqu'après l'inhumation. En générale, il n'est donné de la voir qu'au prêtre qui célèbre les funérailles.
Outre les prêtres, peuvent encore voir la séparation de l'âme d'avec le corps les personnes qui en ont reçu le don spécial ou à qui, pour une raison ou pour une autre, le mystère a été révélé.



La fenêtre ouverte

J'étais allée, un soir, veiller un de mes parents, de Trélévern, qui était à l'article de la mort. C'était un pêcheur, du nom de Jean Guilcher, qui avait été dans son beau temps un des plus robustes gars du pays. Même usé par la misère et par les années, il gardait encore une vigueur peu commune. On le vit bien à cette occasion. Pendant deux jours, il agonisa: son corps ne consentait pas à se séparer de son âme.
A tout moment, on disait autour de lui:
-C'est pour cette fois!
Et l'on croyait entendre expirer son souffle. Mais, l'instant d'après, il rouvrait les yeux, regardait les gens qui le veillaient et faisait signe qu'on lui donnât à boire.
Quand j'arrivai, il était au plus bas. Pourtant il me reconnut. Je m'assis à son chevet et me mis à réciter, avec les autres personnes présentes, les prières des agonisants. Tout à coup je sentis qu'on me touchait le coude. C'était lui, le vieux Guilcher, qui voulait attirer mon attention. Je me penchais au-dessus de son visage:
-Vous avez quelque chose à me dire? demandais-je.
Il fit un grand effort et, d'une voix faible, faible, me murmura dans l'oreille:
-On a oublié d'ouvrir la fenêtre: mon âme ne peut pas s'en aller.
Il n'y avait qu'une seule fenêtre dans la pièce: je courus à elle et, poussant l'espagnolette, je l'ouvris toute grande. En revenant prendre ma place auprès du moribond, je sentis comme un haleine embaumée, qoiqu'il n'y eût pas une seule fleur dans la maison, puisqu'on était au coeur de l'hiver, en décembre.
Quand je fus pour me rasseoir sur ma chaise, je vis que Guilcher avait les yeux fixes et les lèvres écartées: en ce court intervalle, il avait rendu l'âme.


***

Lorsqu'un mourant trépasse les yeux ouverts, c'est que l'Ankou n'a pas fini sa besogne dans la maison, et il faut s'attendre à le voir revenir dans un bref délai pour quelque autre des membres de la famille.

Chapitre 5

Après la mort


Lorsque quelqu'un vient de mourir, on commence par dresser ce que l'on appelle sa "chapelle blanche".
Aujourd'hui, l'on se contente de parer le lit mortuaire. Mais, il y a peu de temps encore, c'était sur la table de la cuisine, contre la fenêtre, que l'on couchait le cadavre. On étendait sur lui un drap blanc: deux autres draps étaient appendus aux poutres du plafond, de chaque côté de la table, et l'on y épinglait de place en place soit des branchettes de gui, soit des rameaux de laurier.
Naguère, en Trégor, pour indiquer qu'il y avait un mort dans la maison, l'on suspendait au dehors, de chaque côté de la porte, deux des longues mantes noires à cagoules qui sont les vêtements de deuil des femmes du pays.
Lorsqu'un chef de famille vient de décéder, la première chose à faire, s'il y a des ruches dans le courtil, c'est de les mettre en deuil, en épinglant des lambeaux d'étoffe noire dans la paille. Si l'on omettait cette précaution, toutes les abeilles mourraient et, les ruches une fois vides, le malheur ne tarderait pas à vider aussi la maison.
Si l'on se pique le doigt en épinglant le linceul d'un mort, c'est signe que, de son vivant, le défunt avait contre vous quelque rancune cachée. Ne pas manquer, en pareils cas, de faire dire une messe pour le repos de son âme.


L'histoire du bedeau de Névez

Autrefois, dans les petits villages, c'était toujours le bedeau qui devait mettre les morts au cercueil.
Le bedeau du bourg de Névez, un jour qu'il venait de remplir cet office, s'en retournait à l'église, afin de tout disposer pour l'enterrement, lorsque, sur la barrière d'un champ, au bord de la route, il aperçut un homme assis, vêtu de ses hardes du dimanche.
-Bonjour, camarade Jean-Louis, dit l'homme, en levant la tête qu'il avait d'abord tenue baissée.
Comment, s'écria le bedeau stupéfait, c'est vou qui êtes là, Joachim Lasbleiz!
C'était précisément le mort qu'il avait enfermé dans la bière, quelques minutes auparavant, après lui avoir passé ses effets les plus propres.
-Oui, c'est bien moi, repartit Lasbleiz. Je suis venu te guetter ici pour t'avertir qu'il faut que tu recommences incontinent ta besogne.
-Vous n'étiez donc pas bien, tel que je vous avais mis?
-Non, tu as replié mon bras gauche sous mon corps: je ne peux pas m'en aller dans cette posture.
Ce disant, il disparut. Le bedeau rebroussa chemin aussitôt, rentra dans la maison mortuaire et, au grand scandale de la famille, rouvrit le cercueil. Ce que Lasbleiz avait dit était vrai: le bras gauche était replié sous le corps. Le bedeau remit les choses en ordre et se dirigea de nouveau vers le bourg. Comme il passait devant la barrière, il vit que le défunt était encore là, mais debout, cette fois, la tête haute.
-Aurais-je commis quelque autre manquement?
Mais non: le mort se contenta de lui faire un signe de la main, comme pour prendre congé.
-Dieu vous donne ses joies! dit le bedeau, en se décuovrant.
Et ce fut tout.


Après la mort (suite)


Tant que le cadavre n'a pas quitté la maison mortuaire, il ne faut ni balayer le parquet, ni épousseter les meubles, ni jeter dehors aucune poussière ou balayure, de crainte d'expulser aussi l'âme du mort et d'attirer sur soi ses vengeances.
En revanche, il faut avoir soin de vider ou tout au moins de couvrir tout vas contenant un liquide afin que l'âme ne risque pas de s'y noyer.

Tant que le mort est sur les trétaux funèbre, c'est lui faire offense que d'envoyer les gens de la maison à l'ouvrage, comme si de rien n'était.

La mort des usuriers ou des gens riches qui ont été durs envers le pauvre monde est toujours suivie de tempête, de pluie d'orage ou d'éclairs.
La colère des éléments ne s'apaise que lorsque le cadavre a quitté la maison mortuaire.
Il est rare que les personnes qui le veillent n'aient pas à rallumer à plusieurs reprises les cierges déposés près du lit.

Il y a un moyen assuré de ne jamais retrouver une personne morte sur son chemin; c'est d'embrasser son cadavre avant la mise en cercueil.

Chapitre 6

L'enterrement


Il ne faut jamais donne un coup de fouet aux cheveux qui traînent un corbillard. S'ils s'arrêtent, il faut attendre qu'ils se remettent d'eux-memes en marche ou, en tout cas, ne les simuler que de la voix, en leur parlant avec douceur.
Il ne faut pas faire passer deux fois le cercueil d'un mort sur un pont; sinon, le pont croulera.
Lorsqu'un convoi funèbre est pour franchir un pont, les prêtres s'interrompent de chanter jusqu'à ce qu'on l'ait franchi.
Il ne faut jamais se mettres à la fenêtre ou sur le seuil de la porte pour regarder passer un enterrement; sans quoi, l'on a l'air de se moquer du mort, de lui dire: "tu vois, nous restons ici, tandis que tu t'en vas là-bas". Le mort, ainsi provoqué, toujours se venge. Le seul moyen de l'honorer et d'éviter sa colère, c'est de sortir sur la route, de s'agenouiller à terre et d'incliner la tête sur son passage.

Les cimetieres

Il ne faut jamais se risquer dans les cimetières, la nuit, sous peine de malheur. Si l'on est contraint, pour quelque motif, d'y passer, on le peut, cependant, sans dommage, à la condition que ce soit aux heures impaires, neuf heures, onze heures, etc..
L'arbre consacré des cimetières bretons est l'if. Il n'y en a généralement qu'un par cimetière. On dit qu'il pousse une racine dans la bouche de chaque mort.

Le mort qu'on vient d'enterrer n'a pas encore commencé sa première nuit dans le cimetière que le dernier mort enterré avant lui s'approche de sa tombe et lui dit:
-Lève-toi. C'est à toi de prendre la garde.
Et il faut qu'il se lève et qu'il prenne la garde auprès de la porte du cimetière pour veiller sur ceux qui y dorment, jusqu'à ce qu'il y ait dans la paroisse un nouveau décédé qui le remplace, car c'est toujours le dernier venu qui remplit cette fonction.
Ils sont généralement deux "gardiens de la mort", un homme pour les hommes, une femme pour les femmes. Et ils tiennent la nuit, l'un en face de l'autre, chacun de son côté de l'entrée du cimetière.
Môn Ollivier, de Camlez, revenant assez tard dans la nuit, de la moisson à Kerham, vit, en passant devant le cimetière, un homme et une femme adossés chacun à un des piliers de l'entrée et qui semblaient se cacher d'elle.
Elle crut que c'étaient des amoureux qui s'étaient donné rendez-vous là pour causer sans être vus. Et elle leur dit, histoire de plaisenter:
-Vous aveu tout de même choisi un drôle d'endroit, heunes gens!
Mais une voix lui répondit qui la fit se sauver au plus vite:
-Allez en votre chemin et attendez d'être ici pour vous mêler de ce qui s'y passe.



La curiosité de Iouennic Bolloc'h

Iouennic Bolloc'h eut cette curiosité impie.
Iouennic Bolloc'h était un mendiant qui ne manquait ni d'esprit ni de savoir faire. Il s'était fait ce raisonnement:
-Si je pouvais prévenir d'avance du jour de leur mort, tous ceux qui sont destinés à mourir cette année, j'arriverai à me faire ainsi de jolis profits.
Donc, le soir de la Toussaint, il s'arrangea pour être a Castel-Pôl. Il avait entendu dire qu'à Castel-Pôl il y avait, non pas un, mais dix, mais vingt charniers dans le cimetière. Il se dissimula tant bien que mal, en se couchant dans l'herbe à plat ventre. Et il attendit en cette posture le colloque des morts.
Vous n'ignorez pas qu'à Castel-Pôl, les ossuaires sont encastrés dans les murs du cimetière.
Un mort de l'un des charniers interpella un autre mort du charnier d'en face.
-Ami, disait-il, est-ce que tu m'écoutes?
Iouennic Bolloc'h sentit cette parole passer au ras de lui comme le souffle glaciale d'une bise.
-Ami, répondit la'utre mort, je t'écoute, mais il y a un vivant entre nous.
-Je le sais. Il est venu entendre la liste des morts de la prochaine année.
-Qu'il l'entende donc!
-Qu'il sache que le premier de la liste n'a plus à vivre que deux minutes!
-Qu'il sache que le premier de la liste a nom Iouennic Bolloc'h!
Les deux voix se croisaient à travers la nuit, rapides, sifflantes. Chacun des mots qu'elles proféraient entrait comme un fer dans les oreilles du pauvre mendiant. A peine son nom eut-il été prononcé qu'il rendit l'âme. On trouva le lendemain son cadavre raidi. On crut qu'il avait eu le sang gelé par la grande fraîcheur de la nuit et on l'enterra à l'endroit même où il était trépassé.
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MessageSujet: Re: Légendes Celtes de la Mort   Dim 20 Nov - 15:03:55

Chapitre 7

Le sort de l'âme


Le prêtre qui célèbre l'enterrement est, dit-on averti, au moment où le cercueil touche le fond de la fosse, si l'âme du mort est sauvée ou perdue.
Aussi, lorsqu'il ferme tout de suite son livre, en quittant la tombe, et se dépêche d'expédier le chant, c'est qu'il n'y a plus rien à faire: le mort est damné.

***

Au moment où le prêtre jette sur le cercueil la première pelletée de terre, il peut voir dans son livre d'heures quel doit être le sort de la personne enterrée. Mais il lui est interdit de divulguer ce secret, sous peine de prendre, fût-ce en enfer, la place du défunt.

***

Il est un moyen à la portée de tous pour savoir si une âme est damnée ou non.
Il suffit de se rendre, au sortir du cimetière, aussitôt apèrs l'enterrement, dans un lieu élevé et découvert d'où l'on ait vue sur une certaine étendue du pays. De là-haut, on crie le nom du mort par trois fois, dans trois directions différentes. Si une seule fois l'echo prolonge le son, c'est que l'âme du défunt n'est point damnée.

***

Si les fleurs qu'on place sur le lit où repose un mort se fanent dès qu'on les y pose, c'est que l'âme est damnée; si elles ne se fanent qu'au bout de quelques instants, c'est que l'âme est en purgatoire, et plus elles mettent de temps à se faner, moins longue sera la pénitence.

***

Il y a, dit-on, des gens qui savent, d'après la couleur de la fumée s'élevant d'une maison où il y a un mort, si ce mort doit aller au ciel, au purgatoire ou en enfer.

***

Mais, pour avoir des rensignements sûrs, il n'est que de s'adresser :
1.- A l'Agrippa;
2.- A la messe de trentaine ou ofern drantel.

L'Agrippa

L'Agrippa est un livre énorme. PLacé debout, il a la hauteur d'un homme.
Les feuilles en sont rouges, les caractère en sont noirs. Pour qu'il ait son efficacité, il faut qu'il ait été signé par le diable.
Tant qu'on n'a pas à le consulter, on doit le maintenir fermé à l'aide d'un gros cadenas.
C'est un livre dangereux. Aussi ne faut-il pas le laisser à portée de la main. On le suspend, au moyen d'une chaîne, à la plus forte poutre d'une pièce réservée. Il est nécessaire que cette poutre ne soit pas droite, mais tordue.
Le nom de ce livre varie avec le pays.
En Tréguier, il s'appelle l'Agrippa; dans la région de Châteaulin, l'Egremont, dont il y a une variante Egromus; aux alentours de Quimper, Ar Vif; à Plouescat, le libre de l'igromancie.

***

Ce livre est vivant. Il répugne à se laisser consulter. Il faut être plus fort que lui pour lui arracher ses secrets.
Tant qu'on ne l'a pas dompté, on n'y voit que du rouge. Les caractères noirs ne se montrent que lorsqu'on les y a contraints, en rossant le livre, comme un cheval rétif. On est obligé de se battre avec lui et la lutte dure parfois des heures entières. On en sort baigné de sueur.

***

L'homme qui possède un agrippa ne peut plus s'en défaire sans le secours du prêtre et seulement à l'article de la mort.

***

Il n'est pas nécessaire d'être prêtre pour savoir quand un homme qui n'est pas du métier possède un agrippa.
L'homme qui possède un agrippa sent une odeur particulière. Il sent le soufre et la fumée parce qu'il commerce avec les diables. C'est pourquoi l'on s'écarte de lui.
Puis, il ne marche pas comme tout le monde. Il hésite, dans chaque pas qu'il fait, de crainte de piétiner une âme.


L'Agrippa qui revient toujours à la maison

Loizo-goz, de Penvénan, en avait un qui l'embarrassait fort; il n'eût pas demandé mieux que de le passer à quelque autre- Il le proposa à un cultivateur de Plouguiel qui l'accepta.
Une nuit, on entendit dans tout le pays un vacarme épouventable. C'était Loizo-goz qui conduisait l'agrippa à Plouguiel en le tirant par sa chaîne.
Au retour, Loizo-goz chantait gaîment. Il se sentait un poids de moins sur le coeur. Mais, à peine rentré chez lui, toute sa joie tomba. L'agrippa était déjà revenu occuper son ancienne place.
A quelque temps de là, Loizo-goz fit un grand feu d'ajonc et y jeta le mauvais livre. Mais les flammes, au lieu de dévorer l'agrippa, s'en écartaient.
-Puisque le feu n'y peut rien, essayons de l'eau! se dit Loizo-goz.
Il traîna le livre à la grève de Buguélès, monta dans une barque, gagna le large et lança à la mer l'agrippa auquel il avait eu grand soin d'attacher plusieurs grosses pierres afin de le faire descendre jusqu'au fond de l'abîme et de l'y maintenir.
-Là, pensa-t-il, cette fois du moins, nous voilà séparé pour jamais.
Il se trompait.
Comme il s'en revenait par la grève, il entendit derrière lui un bruit de chaîne dans les galets. C'était l'agrippa qui achevait de se débarrasser des grosses pierres. Loizo-goz le vit passer à côté de lui, rapide comme une flèche. Au logis, il le retrouva, suspendu à la poutre accoutumée. La couverture, les feuillets étaient secs. Il semblait que l'eau de la mer ne les eût même pas touchés.
Loizo-goz dut se résigner à garder son agrippa.



Le curé de Pluguffan

Les ignorants qui se mêlent de lire dans l'Agrippa, dans l'Egremont ou dans le Vif, son durement châtiés de leur imprudence.
Le curé de Pluguffan entra un jour dans la sacristie, pensant y trouver le bedeau dont il avait besoin. La sacristie était vide.
-Il ne doit cependant pas être loin, se dit le curé, car voici ses sabots.
Il appela:
-Jean! Jean!
Pas de réponse.
Il allait sortir, impatienté, quand il aperçut son "Vif" tout grand ouvert sur la table, à la page où sont inscrits les noms des démons.
-Ah! je comprends! s'écria-t-il. Jean aura invoqué les diables et n'aura pas su les congédier. Ils l'ont emporté dans l'enfer. Pourvu que je n'arrive pas trop tard!
Très vite, il se mit à débiter la kyrielle des noms en commençant par la fin.
Aussitôt, le bedeau reparut. Il était déjà tuot noir. Sur son crâne, ses cheveux étaient roussis.
Il fut longtemps sans recouvrer l'usage de la parole tant sa terreur avait été grande. Quant à ce qu'il avait vu dans son voyage, il ne s'en ouvrit jamais à personne, pas même à sa femme.


Chapitre 8

Les noyés


Lorsqu'un enfant naît de nuit et qu'il fait claire lune, la plus ancienne des vieilles femmes qui assistent l'accouchée court se poster sur le seuil de la porte pour examiner l'état du ciel, au moment précis où le nouveau-né fait son apparition dans la vie. Si les nuages enserrent à ce moment la lune, comme pour l'étrangler, ou s'ils s'épandent sur sa face, comme pour la submerger, on en conclut que la pauvre chère petite créature finira un jour noyée ou pendue.

***

Qui meurt de mort violente doit rester entre vie et mort jusqu'à ce que se soit écoulé le temps qu'il avait naturellement à vivre.

***

Pour retrouver le cadavre d'un noyé, on prend une botte de paille ou une planche, on y assujettit une écuelle de bois qu'on emplit de son, et dans le son on plante une chandelle bénite, allumée. On pose le tout sur l'eau. La chandelle se dirige vers l'endroit où gît le cadavre. Il n'y a qu'à chercher là où elle s'arrête.

***

Quand on retire de l'eau le cadavre d'un noyé, il se met à saigner du nez si, parmi les eprsonnes présentes se trouve quelqu'un de ses proches.

***

Lorsqu'un équipage de barque vient à périr en mer, c'est toujours le corps du patron que l'on retrouve en dernier lieu.

***

Les nuits de tourmentes, on entend tout le long de la côte les noyés qui s'appellent entre eux.

***

Quand un pêcheur périt en mer, les goélands et les courlis viennent siffler et battre de l'aile aux vitres de sa maison.


La tête du mort

Yves Le Flem avait coutume d'aller, la nuit, chercher des épaves le long de la grève.
Cette nuit-là, il avait emporté son filet sur ses épaules; il comptait le poser aux environs de Bruk et il s'acheminait de ce côté, tout en flânant.
Tout à coup son pied heurta quelque chose qui sonna creux et se mit à rouler avec bruit dans les galets.
-Qu'est-ce que cela peut-être? se dit-il.
Il courut après l'objet qui dégringolait toujours, car la pente à cet endroit était rapide.
Jugez de son désappointement quand, l'ayant saisi, il s'aperçut, à la lueur de sa lanterne, que c'était une tête de mort.
Il n'eut rien de plus pressé que de lancer au loin cette épave humaine.
Mais aussitôt une grande clameur s'éleva de la mer.
Yves Le Flem, épouvanté, crut voir des milliers de bras qui s'agitaient hors de l'eau.
En même temps des mains invisibles s'efforçaient de lui arracher son filet.
Il comprit qu'il avait mal agi en manquant de respect à la tête de mort. Il savait d'autre part qu'il ne fait pas bon avoir affaire à des noyés. Le voilà de se remettre en quête du crâne; le retrouver ne fut pas chose facile.
Yves Le Flem se disait:
-Si je l'ai jeté dans la mer, je suis un homme perdu. Tous les bras qui s'agitent là-bas si désespérément vont m'entraîner avec eux dans l'abîme.
Fort heureusement, la tête de mort avait été arrêtée par un rocher.
Yves Le Flem la reporta pieusement à l'endroit où elle gisait quand son pied l'avait heurtée tout d'abord.
Grâce à quoi, il put rentrer chez lui saint et sauf.


***

Qui se fie à la mer se fie à la mort. Qui meurt en mer meurt donc toujours par sa faute. C'est pourquoi les noyés, qu'ils aient péri volontairement ou non, restent faire pénitence où ils ont été engloutis jusqu'à ce que d'autres viennent se noyer à la même place. Alors, seulement ils sont délivrés.

***

Vers 1856, trente-deux personnes affrétèrent une gabare pour se rendre par mer au pardon de Benn-Odet, à l'embouchure de la rivière de Quimper. Le temps était beau. La traversée de la baie se fit sans encombres. Mais à l'entrée des Vire-Court, en face de Lanroz, la barque chavira, probablement par suite d'une fausse manoeuvre.
Ce naufrage fit grand bruit en son temps. Plusieurs années après, le souvenir en était encore présent à toutes les mémoires et les bateaux qui descendaient la rivière se garaient avec soin des parages où l'accident avait eu lieu. Ils avaient souvent grande peine à s'en écarter. Une sorte de fascination sinistre les y attirait.
Plusieurs même y sombrèrent par la suite. A chaque disparition de ce genre, les marin de Quimper se murmuraient entre eux, à voix basse, sur le port:
-Ah! vous voyez,... vous voyez!... Les anciens se sont fait remplacer... C'est des nouveaux qu'il faut se défier maintenant.
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MessageSujet: Re: Légendes Celtes de la Mort   Dim 20 Nov - 15:04:25

Chapitre 9

Les villes englouties


La ville d'Is

Des marins de Douarnenez pêchaient une nuit dans la baie, au mouillage.
La pêche terminée, ils voulurent lever l'ancre. Mais tous leurs efforts réunis ne purent la ramener. Elle était accrochée quelque part. Pour la dégager, l'un d'eux, gardi plongeur, se laissa couler le long de la chaîne.
Quand il remonta, il dit à ses compagnons:
-Devienez en quoi était engagée notre ancre?
-Hé! parbleu! dans quelque roche.
-Non. Dans les barreaux d'une fenêtre.
Les pêcheurs crurent qu'il était devenu fou.
-Oui, poursuivit-il, et cette fenêtre était une fenêtre d'église. Elle était illuminée. La lumière qui venait d'elle élairait au loin la mer profonde. J'ai regardé par le vitrail. Il y avait foule dans l'église. Beaucoup d'hommes et de femmes avec de riches costumes. Un prêtre se tenait à l'autel. J'ai entendu qu'il demandait un enfant de choeur pour lui répondre la messe.
-Ce n'est pas possible! s'écrièrent les pêcheurs.
-Je vous le jure sur mon âme!
Il fut convenu qu'on irait conter la chose au recteur.
Ils y allèrent en effet.
Le recteur dit au marin qui avait plongé_
-Vous avez vu la Cathédrale d'Is. Si vous vous étiez proposé au prêtre pour lui répondre sa messe, la ville d'Is tout entière serait ressuscitée des flots et la France aurait changé de capitale.


***

La vile d'Is s'étendait de Douarnenez à Port-Blanc. Les Sept-Iles en sont des ruines. La plus belle église de la ville d'élevait à l'endroit où sont aujourd'hui les récifs des Triagoz. C'est pourquoi on les appelle encore Trew-gêr.
Dans les rochers de Saint-Gildas, quand les nuits sont claires et douces, on entend chanter une sirène, et cette sirène, c'est Ahès, la fille du roi Grallon.
Quelquefois aussi, des cloches tintent au large. Il es impossible d'ouïr un carillon plus mélodieux. C'est le carillon des cloches d'Is.

***

Un des quartiers de la ville s'appelait Lexobie. Il y avait dans Is cent Cathédrales et, dans chacune d'elles, c'était un évêque qui officiait.
Quand la ville fut engloutie, chacun garda l'attitude qu'il avait et continua de faire ce qu'il faisait au moment de la catastrophe. Les vieilles qui filaient continuent de filer. Les marchands de drap continuent de vendre la même pièce d0étoffe aux mêmes acheteurs.
Et cela durera ainsi jusqu'à ce que la ville ressuscite et que ses habitants soient délivrés.

Les jardins de Ker-Is

Un patron de barque et son mousse étaient allés tous deux à la pêche. A mi-chemin de la côte aux Sept-Iles, ils jetèrent l'ancre. Il faisait si chaud qu'au bout d'une heure le patron s'endormit.
C'était le moment de reflux.
La mer baissa tellement que la barque finit par se trouver à sec.
Grande fut la surprise du mousse en voyant tout à l'entour non pas des goémons, mais un champ de petits pois. Il laissa dormir le patron, sauta à terre et se mit à cueillir le plus qu'il put de cosses vertes. Il en emplit la barque.
Quand le patron se réveilla, la mer avait monté. Il fut tout étonné de voir la barque pleine de petit pois et le mousse qui s'en régalait.
-Qu'est-ce que cela signifie? demanda-t-il en se frottant les yeux, persuadé qu'il avait la berlue.
L'enfant conta la chose.
Le patron comprit alors qu'ils avaient mouillé dans la banlieue de Ker-Is, là où les maraîchers de la grande ville avaient autrefois leurs cultures.


***

A Lomikel, les jours de très grande marées, quand la mer déchale au loin, on voit poindre encore au-dessus des sables la "croix rouge" qui surmontait le plus haut clocher de la ville d'Is.

***

Lorsque le jour de la résurrection sera venu pour Ker-Is, le premier qui apercevra la flèche de l'église ou qui entendra le son des cloches deviendra roi de la ville et de tout son territoire.


Les marchands de Ker-Is

Une femme de Pleumeur-Bodou.étant descendue à la grève puiser de l'eau de mer pour faire cuire son repas, vit tout à coup surgir devant elle un portique immense.
Elle le frnachit et se trouva dans une cité splendide. Les rues étaient bordées de magasins illuminés. Aux devantures s'étalaient des étoffes magnifiques. Elle en avait les yeux éblouis et cheminait, la bouche béante d'admiration, au milieu de toutes ces richesses.
Les marchands étaient debout sur le seuil de leur porte-
A mesure qu'elle passait près d'eux, ils lui criaient:
-Achetez-nous quelque chose! Achetez-nous quelque chose!
Elle en étaient abasourdie, affolée.
A la fin, elle finit par répondre à l'un d'eux:
-Comment voulez-vous que je vous achète quoi que ce soi? Je n'ai pas un liard en poche.
-Eh bien! c'est grand dommage, dit le marchand. En prenant ne fût-ce que pour un sous de marchandise vous nous eussiez délivrés tous.
A peine eut-il parlé, la ville disparut.
La femme se retrouva seule sur la grève. Elle fut si fort émue de cette aventure qu'elle s'évanouit. Des douaniers qui faisaient leur ronde la transportèrent chez elle. A quinze jour de là, elle mourut.



La vieille de Ker-Is

Deux jeunes hommes de Buguélès étaient allés nuitamment couper du goémons à Gueltraz, ce qui est sévèrement prohibé comme chacun sait. Ils étaient tout occupés à leur besogne, quand une vieille, très vieille, vint é eux. Elle pliait sous le faix de bois mort.
-Jeunes gens, dit-elle d'une voix suppliante, vous seriez bien gentils de me porter ce fardeau jusqu'à ma demeure. Ce n'est pas loin et vous rendriez grand service à une pauvre femme.
-Oh bien! répondit l'un d'eux, nous avons mieux à faire.
-Sans compter, ajouta l'autre, que tu serais capable de nous dénoncer à la douane.
-Maudits soyez-vous! s'écria alors la vieille. Si vous m'aviez répondu: oui, vous auriez ressuscité la ville d'Is.
Et, sur ces mots, elle disparut.


***

La montagne de Roc'h-Karlès sert de tombe à une ville magnifique.
Tous les sept ans, pendant la nuit de Noël, la montagne s'entr'ouvre et, par la fente, on entrevoit les rues splendidement illuminées de la ville morte.
La ville ressusciterait s'il se trouvait quelqu'un d'assez hardi pour s'aventurer dans les profondeurs de la montagne, au premier coup sonnant de minuit, et d'assez agile pour en être sorti, au moment où retentirait le douzième coup.

Chapitre 10

Les Assassinés et les Pendus

Toute les fois qu'un accident suivi de mort immédiate se produit sur une route, il ne faut pas manquer d'ériger une croix aux abords de ce lieu, sinon l'âme du mort ne sera apaisée que lorsqu'un accident semblable se sera produit au même endroit. C'est pourquoi l'on rencontre le long des routes bretonnes tant de croix de pierre ou de bois plantées au flanc des talus.
Dans la Haute-Cornouaille, quamd on passe devant ces "croix du malheur", l'usage est de jeter une pierre à leur pied, dans la douve.

***

Sur la route de Quimpert à Douarnenez se trouve la tombe d'un nommé Tanguy.

Il périt en cet endroit, assassinél.

On ne passe jamais devant le tertre de terre sous lequel il est enseveli, sans y planter une petite croix qu'on improvise à l'aide de quelque branche coupée aux haies voisines.

Qui manque à cette pratique risque de faire mauvaise rencontre en route et de mourir, comme Tanguy, de malemort.

***

Lorsqu'une personne a été assassinée, si l'assassin entre dans la pièce où est déposé le corps ou même, simplement, passe dans la rue, devant le seuil de la maison, les blessures du cadavre se rouvrent et se remettent à saigner abondamment.

***

Il y a un procédé infaillible pour découvrire un assassin resté inconnu. Seulement, il n'est praticable que sept ans, jour pour jour, après le décès de la victime, alors que les reliques de celle-ci ont été exhumées et transportées au charnier.

Voici comment on fait. On choisit dans le charnier un des menus os de la main droite du mort, autant que possible un des os de l'index, on le trempe dans le bénitier de l'église, puis on l'enveloppe dans son mouchoir de poche et on le garde sur soi jusqu'à ce que l'on se rencontre en tête à tête avec l'individu que l'on soupçonne d'avoir comis le meurtre. On lui demande, sans faire mine de rien:
-Est-ce que nous n'avez pas perdu quelque chose?
Lui, aussitôt de chercher, de se tâter et, le plus souvent, de répondre:
-Non, je ne crois pas... Qu'est-ce donc que vous avez trouvé?
Alors, vous tirez de votre mouchoirm vous dépaquetez l'objet et, le serrant dans vorte poing fermé, vous dites:
-Tendez la main.
Lui, sans méfiance, il la tend et vous y déposez l'osselet.

Il ne l'a pas plus tôt reçu que - si c'est lui le meurtrier - il le rejettent bien vite en faisant une vilaine grimace et en criant:
-Damné sois-je!... C'est un charbon ardent que vous m'avez passé là!...

Et vous pouvez, en effet, constater qu'il a dans le creux de sa main une grosse ampoule, comme si l'osselet du mort y avait imprimé la marque d'un fer rouge.

***

Les sonneurs, qui sonnent le glas pour quelqu'un qui a péri de mort violente, sans qu'on ait pu découvrir par quelle cause, savent, dit-on, d'après la voix des cloches, s'il y a eu accident ou crime.

***

Les gens assassinés "reviennent" jusqu'à ce que leur assassin ait "payé le tribut".
Il n'y a qu'un moyen pour les empêcher de revenir, c'est d'enterrer avec eux les chaussures - souliers ou sabots - qu'ils portaient le jour de leur mort.

***

Les pendus sont, dit-on, condamnés à demeurer entre ciel et enfer, pour l'éternité.

Il n'y a pas d'exemple qu'un homme qui s'est donné volontairement la mort par pendaison soit monté au ciel; mais il n'ya pas d'exemple, non plus, qu'il soit tombé en enfer, et voici pourquoi:

Lorsque le diable veut saisir l'âme d'un mourant, c'est près de la bouche qu'il se place pour la guetter, parce que c'est par là qu'elle s'échappe dans les cas habituels. Mais le pendu à la gorge serrée par la corde. Son âme, trouvant cette issue bouchée, cherche une autre porte et, tandis que son ennemi la guette par en haut, s'évade tranquillement par en bas, de sorte que le diable est volé.
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MessageSujet: Re: Légendes Celtes de la Mort   Dim 20 Nov - 15:06:15

Chapitre 11


L'Anaon


Le peuple immense des âmes en peine s'appelle l'Anaon.

***

Il n'est pas bon de balayer la maison, après le coucher du soleil. On risquerait de balayer, avec la poussière, les âmes des morts qui, à cette heure-là, obtiennent souvent la permission de rentrer dans leur anciens logis.
Surtout, si le vent fait rentrer la poussière, il faut se donner bien grade de la rejeter dehors une seconde fois.
Les gens qui manquent à cette prescription ne peuvent dormir, sans être, à tout moment, réveillés en sursaut par les âmes défuntes.
Quand on balaie le soir, on chasse la sainte Vierge qui fait sa tournée pour savoir dans quelles maisons elle peut laisser rentrer des âmes préférées.

***

Il est bon de laisser couver un peu de feu sous la cendre, pour le cas où le mort voudrait revenir se chauffer au foyer de son ancienne demeure.

***

Tant qu'il fait jour, la terre est aux vivants; le soir venu, elle appartient aux âmes défuntes. Les honnêtes gens font en sorte de dormir, toutes portes closes, à l'heure des revenants. Il ne faut jamais rester dehors, sans nécessité, après le coucher du soleil. Les heures particulièrement indues sont entre dix heures du soir et deux heures du matin.

***

On ne doit jamais aller seul, la nuit, durant les heures indues, chercher un prêtre, un médecin ou une sage-femme.
Mais il ne faut pas non plus êtres plus de deux.

***

Il n'est pas bon de siffler quand on est dehors, la nuit, sous peine de s'attirer le courroux de l'Anaon.

***

Lorsque, cheminant par temps de pluie, vous voyez sur la route mouillée des parties sèches, soyez assuré qu'il y a là des anaon faisant pénitence.

***

Aussi pressées que les brins d'herbe dans les champs ou que les gouttes d'eau dans l'averse sont les âmes qui font sur terre leur purgatoire.

***

Certaines âmes sont codamnées à faire pénitence jusqu'à ce qu'un gland, ramassé le jour de leur mort, soit devenu un plant de chêne propre à quelque usage.

***

Tel fut le cas de Jouan Caïnec. Mais Jouan Caïnec avait été, de son vivant, un homme avisé et il lui en était resté quelque chose après sa mort. Le gland, semé le jour de son trepas, ne fut pas plus tôt hors de terre qu'il coupa la jeune pousse et en fabriquat une "cheville de voiture". Grâce à ce stratagème, il n'eut pas longtemps à rôtir dans les flammes.

Chapitre 12


Les Fetes des Ames


Il est, dans l'année, trois circonstances, trois fêtes solennelles où tous les morts de chaque région se donnent rendez-vous:

1° La veille de Noël
2° Le soir de la Saint-Jean
3° Le soir de la Toussaint

La nuit de Noël, on les voit défiler par les routes en longues processions. Ils chantent avec des voix douces et légères le cantique de la Nativité. On croirait, à les entendre, que ce sont les feuilles des peupliers qui bruissent si, à cette époque de l'année, les peupliers avaient des feuilles.

A leur tête marche le fantôme d'un vieux prêtre, aux cheveux bouclés, blancs comme neige, au corps un peu vouté. Entre ses mains décharnés, il porte le ciboire.

Derrière le prêtre vient un petit enfant de choeur qui fait tinter une minuscule clochette.

La foule suit, sur deux rangs. Chaque mort tient un cierge allumé dont la flamme ne vacille même pas au vent.

On s'achemine de la sorte vers quelque chapelle abandonnée et en ruine où ne se célèbrent plus d'autres messes que celles des âmes défuntes.

***

La nuit de la Saint-Jean, dans tous les bourgs, dans tous les hameaux de la Basse-Bretagne, s'allument les tantad ou bûchers. Quand le feu a fini de flamber, l'asstistance s'agenouille en cercle autour du monceau de braise. Et l'on commence à réciter les grâces. C'est toujours un "ancien" qui se charge de ce soin. La prière terminée, l'ancien se lève, chacun en fait autant, et tout le monde, rangé en file, se met à marcher en silence autour du tantad. Au troisième tur, on s'arrête. Chacun ramasse à terre un caillou et le jette dans le feu. Ce caillou s'appelle dès lors: anaon.

Ce rite accompli, la foule se disperse.

Dès que les vivants ont disparut, les morts accourent car le feu attire les morts, les morts ont toujours froid, même dans les belles nuits tièdes du mois de juin. Ils sont heureux de pouvoir se chauffer à ce qui reste du tantad. Ils s'asseyent sur les pierres, sur les anaon qui ont été mis là à leur intention. Et jusqu'au matin, ils se chauffent.

Le lendemain, les vivants viennent visiter l'emplacement du feu de la veille.

Celui dont l'anaon a été retourné peut s'attendre à mouri dans l'année.

***

Il est d'usage de se rendre aux feux de la Saint-Jean avec une fleur appelée, pour cette raison, herbe de Saint-Jean, dont on fait passer neuf fois la tige dans les flammes. Rentré chez soi, on la plante debout derrière la corniche d'un meuble, armoire ou vaisselier. De deux choses l'une: ou bien elle fléchit la tête en séchant ou bien, au contraire, elle la raidit. Dans le premier cas, c'est signe que la personne qui l'a uillie doit mourir dans l'année.

***

Dans la Haute et la Basse-Cornouialle, il est d'usage de vendre aux enchères les cendres du fu de la Saint-Jean. La personne qui les achète est assurée de ne point mourir dans l'année.

***

Le soir de la Toussaint, veille de la fête des Morts, les défunts viennent tous visiter les vivants.

***

Le Jour des Morts, dans toutes les fermes, il est d'usage après le repas du soir d'allumer un grand feu dans l'âtre. Ce feu doit servir ni à cuire des aliments, ni à se chauffer. Aucun vivant ne vient s'asseoir autour et l'on ne suspend au-dessus aucun vase. C'est le feu de l'Anaon , uniquement destiné à la purification des âmes, à leur déliverance définitive des flammes du purgatoire.

On s'abstient également, ce soir là, de prendre aucune espèce de nouriture après le souper. La nourriture que prenderaient les vivants ferait, dit-on, du mal aux défunts.
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MessageSujet: Re: Légendes Celtes de la Mort   Dim 20 Nov - 15:06:39

Chapitre 13


Les Pèlerinages des Ames


Il y a deux pèlerinages qu'il faut avoir fait au moins une fois dans sa vie.

Le premier est celui de Loc-Ronan, le jour de la Troménie; il faut faire trois fois le tour de la zone d'asile de saint Ronan.

Le pèlerinage est manqué si l'on tourne la tête, fût-ce une seule fois, durant le parcours.

Il importe aussi de suivre exactement et pas à pas le trajet que faisait saint Ronan, sans omettre un détour, sans se laisser rebuter par fossé, brousailles ou fondrière.

Des gens qui accomplissaient la Troménie, isolément, pour leur compte, ont souvent entendu, sans voir personne, des frôlements dans les haies ou des bruits de pas su les sentiers. C'étaient des âmes s'acquittant, après la mort, du pèlerinage qu'elles n'avaient pas fait de leur vivant.

***

Il arrive parfois que le mauvais temps empêche la grande procession de la Troménie de sortir. Mais, en ce cas, des cloches mystérieues se mettent à sonner dans le ciel et l'on voit un long cortège d'ombres se profiler sur les nuages. Ce sont des âmes défuntes qui accomplissent quand même la cérémonie sacrée. Saint Ronan les guide en personne et marche à leur tête, en agitant sa clochette de fer.

***

Le second pèlerinage obligatoire est celui de Saint-Servais.

Si on ne fait pas, de son vivant, ce pèlerinage, on est condamné à l'accomplir après la mort. On emporte en ce cas son cercueil sur les épaules et on n'avance, chaque jour, que de la longueur de ce cercueil.

Dans le mur de l'église de Saint-Servais s'ouvre une cavité profonde. C'st par là que, leurs dévotions terminées, les défunts rentrent sous terre. Il suffit de passer la tête dans l'orifice du trou pour entendre le frôlement des cercueils le long des parois et le bruit qu'ils font en dégringolant au fond des puits.

***

Quand on fait voeu, pendant sa vie, de visiter un sanctuaire, on est tenu d'accomplir ce voeu après la mort si on ne l'a fait de son vivant. Mais un défunt ne peut aller seul en pèlerinage. Il faut qu'il se fasse accompagner d'une personne en vie.

Il commence donc par se rendre, à l'heure des morts, c'est-à-dire vers minuit, chez l'un quelconque de ses proches. Il le réveille ou lui parle "à travers son rêve".

Chapitre 14


Les Morts Malfaisants


Le revenant le plus mal intentionné ne peut rien contre trois baptêmes réunis, c'est à dire contre trois personnes cheminant de compagnie et ayant été toutes les trois baptisées.

***

Pour se garantir des maléfices d'un fantôme, il n'est que de lui crier:

- Si tu viens de la part de Dieu, exprime ton désir. Si tu viens de la part du diable, va-t-en dans ta route comme moi dans la mienne.

Il importe surtout de le tutoyer. Si on s'oubliait à lui dire "vous", on serait perdu.

***

Si vous voulez que les revenants ne puissent rien contre vous, ne cheminez jamais de nuit sans avoir sur vous quelconque de vos instruments de travail. Les insuments de travail sont sacrés. Aucune espèce de maléfices ne peut prévaloir contre eux.

***

En Léon, la croyance est que, lorsqu'il s'élève de grands coups de vent, ce sont des tourbillons d'âmes de damnés qui, dans leur rage, s'efforcent de nuire aux hommes.
Il faut alors se eter immédiatement la face contre terre. Si l'on manque à cette précaution, les âmes méchantes vous enveloppent, vous étourdissent et vous entraînent à leur suite en enfer.



Il ne faut pas médire des morts

Un meunier des environs de Concarneau avait proféré des paroles injurieuses pour la mémoire d'un mort. Un jour que le meunier était en train de repiquer ses meules, le mort se présenta subitement devant lui:

-Tu as mal parlé de moi, mnier, voleur de farine. Il faut que tu répares le tort que tu m'as fait.

Le meunier, pensant l'apaiser ainsi, offrit de lui donner un bon dîner.

-J'accepte, dit l'autr. Mais auras-tu assez de pain pour me rassasier?

-J'y emploierai autant de farine qu'il sera nécessaire, répondit le meunier.

Et il fit cuire douze pains énormes. A l'heure fixée, le mort arriva et s'assit devant la table, chargée de victuailles, en compagnie du meunier et de sa femme.
Mais il refusa de toucher aux mets.

-Dans ma condition, le seul aliment est le pain, déclara-t-il.

On lui passa une première tourte: en un clin d'oeil il l'eut engloutie. Et il en fut pareillement de la seconde, de la troisième... Il n'y avait pas cinq minutes que le repas était commencé, et déjà il ne restait plus que deux tourtes.

-Jésus-Dieu! s'écria la femme, que va-t-il nous faire quand celles-ci auront disparu?

La domestique qui servait eut à ce moment une heureuse inspiration. Comme elle allait couperle onzième pain, elle fit trois croix dessus avec son couteau. Le mort, ausitôt, bondit hors de sa place et se précipita vers la porte et, sur le seuil, se retourna pour crier au meunier:

-Tu as de la chance! Sans ces trois signes de croix, je t'aurais appris à respecter les morts.

On ne le revit jamais.



A suivre Wink
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MessageSujet: Re: Légendes Celtes de la Mort   Dim 20 Nov - 15:14:48

Tu as mit beaucoup d'histoires... J'ai lu les deux premiers chapitres, très intéressants... Mais là je n'ai plus le temps de lire, ce sera pour une autre fois ! Wink
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MessageSujet: Re: Légendes Celtes de la Mort   Dim 20 Nov - 15:15:44

et ce n'est pas encore fini...lol
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MessageSujet: Re: Légendes Celtes de la Mort   Ven 25 Nov - 19:50:48

J'aime beaucoup ces histoires ! je n'ai pas encore fini de les lire mais celles que j'ai lu me plaise beaucoup !

Et puis tu ne t'es pas trompé d'endroit Lyvalla ! Wink lol

Par contre ce que je trouve étrange ce sont les mélanges fait entre les croyances celtiques et la religion catholique. En effet, on parle beaucoup de prêtres ainsi que de divers éléments chrétiens dans ces textes, pourtant les croyances celtiques sont tout à fait contradictoire, bien qu'ayant des similitudes, avec la religion chrétiennes.

Je pense que ça vient du fait que les croyances anciennes se sont mélangées au christiannisme lors de la conversation des peuples... mais c'est quand même étrange de voir cohabiter tous ces éléments ensembles !
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